Ma fille : prémices de la puberté, et avancée vers la cisgenrité ?

C’est mon homme qui me l’a fait remarquer, récemment (comme quoi, même s’il est moins impliqué que moi, il est attentif) : notre fille commence à présenter un touuuut début de développement des seins.

C’est un moment important, pour nous, parce que, notre enfant allant bien, c’était ce qu’on avait fixé avec la pédopsy de Paris : la phase suivante cruciale serait les premiers signes d’apparition de la puberté, et en fonction de ce qu’il se passerait à ce moment-là, une prise de bloqueurs de puberté pouvait être une option.

Donc, tout allant bien, et notre enfant se positionnant de moins en moins du côté de la transidentité (mais plus dans un entre-deux assumé de manière très cool), on attendait de voir ce qu’il se passerait à ce moment-là. Et j’ai été un peu stressée lorsque mon homme m’a parlé de ça, me demandant, avec lui, ce qu’on devait faire. Encore une fois, si on devait aller vers elle, pour lui en parler, ou attendre qu’elle fasse elle la démarche de venir nous le dire… J’ai réfléchi, et j’ai trouvé un biais qui nous permettrait d’aborder le sujet.

J’avais acheté à son grand-frère un livre, sur la puberté. Ils n’abordent pas ça à l’école (hélas !) et découvrent donc plutôt ça via discussions entre enfants, donc avoir de quoi lire sur le sujet : comprendre comment change leur corps, mais aussi acquérir certaines notions importantes, comme l’acceptation des différentes morphologies que chacun.e peut avoir, la connaissance de ce que c’est que le harcèlement et sa prévention, etc. …. Bref, tous ces sujets propres à l’adolescence, me paraissait important. Je lui avais donc acheté ce livre : « En mode ado, je gère » en version « pour garçon » (qui répond à toutes mes attentes : il est top). Et j’ai songé que je pourrais offrir la version « pour fille » à ma fille.

Je l’ai fait. Je lui ai expliqué ce que c’était. Et je le lui ai laissé… Qu’elle voie si elle voulait le lire et quand. Bref, tranquille.

Notes importantes : il y a eu 2 évènements qui m’ont laissé penser qu’on avait encore des marqueurs tendant clairement vers la transidentité, récemment :

  1. Chez des potes, avec le casque anti-bruit de leurs enfants : ma fille revient avec le casque sur les oreilles et nous demande « papa, maman, vous trouvez que ça fait un peu garçon, non ? », en se montrant avec, toute fière.
  2. Lorsque je lui ai donné ce livre, en lui expliquant que ceci était la version « pour fille », et que son grand-frère avait déjà la version « pour garçon » : elle a levé la tête avec une expression d’intérêt, comme si elle allait dire « ah ben je veux la version pour garçon, alors !!! », puis elle s’est arrêtée et… J’ai vraiment eu le sentiment de voir le chemin dans sa tête et le moment où elle s’est dit « ben non, c’est mon corps : ça ne sert à rien que je lise celui pour les garçons à la place de celui-ci ».

Bon puis, aujourd’hui, c’est rangement. La maison déborde de livres !!! On lit beaucoup, dans la famille, et mon aîné me faisait remarquer qu’il n’y avait plus de place pour ranger ses mangas. Donc c’est l’occasion : on trie ! Je leur ai donné à chacun.e la mission de ranger/trier, et donner au petit frère ou à la petite sœur ce qui n’est plus de leur âge. Et ma fille ayant fini en premier, je suis allée vérifier sa bibliothèque avec elle et, bien rangé, il y avait ce livre sur la puberté. Donc je l’ai pris, je me suis assise sur le lit avec elle, et je l’ai feuilleté tout en lui parlant :

– Alors, ce livre, tu l’as ouvert, ou pas ?
– Oui, j’ai commencé à le lire.
– Et il est bien ?
– Oui.
– Du coup… Tu as vu qu’il parle des changements qui vont arriver à ton corps. Tu en es où à ce sujet-là, alors ? Tu sais, ce dont tu nous parlais : tu veux toujours être un garçon, ou pas ?
– Hum… Non, ça va.
– Tu as compris la façon dont ton corps va changer ? Tu es OK avec ça ?
– Oui…
– Même les seins ? Tu sais qu’ils vont pousser. Ça ne te pose pas problème ?
– Non… ça va.
– Tu es sure ? Tu as vu tes copines : S. et I. : elles en ont déjà toutes les deux.
– Oui. Mais… moi, je veux juste qu’ils ne soient pas trop gros.
– Ah, ça… on verra. Mais il y a des chances pour qu’ils restent plutôt petits. Tu as vu tata ? Bon, moi, ils sont un peu gros, parce que je suis un peu plus grosse, mais tu vois tata, qui est toute maigre, elle a une toute petite poitrine.
– Ah, alors il faut que je fasse un régime !
– Mais non ! (je ris) Tu n’as pas besoin de faire un régime. Tu vas rester comme ça, toute mince. Ça sera plus tard que tu devras faire attention, peut-être, mais pour l’instant, il n’y a pas de raison que tu grossisses.
Je lui montre la page du livre où on voit les différentes tailles de poitrine, et elle pose le doigt sur celle la plus petite.
– Je voudrais comme ça.
– C’est possible… Tu seras OK si c’est comme ça ?
– Oui.
Je lui montre la poitrine moyenne.
– Ça sera peut-être comme ça aussi. La petite ou la moyenne, normalement. Les deux sont possibles. Tu penses que ça ira pour toi ?
– Oui… ça va.
– OK…

Je continue à feuilleter le livre. Je cherche la page sur les règles. Je la trouve.

– Et les règles, alors ? Tu sais ce que c’est ?
– Je pense, oui…
– C’est du sang qui coule par en-bas une fois par mois. Tu sais comment ça fonctionne ?
– Oui.
– Tu liras… Ce livre l’explique bien. Ça, c’est un peu pénible, mais bon… C’est comme ça, ça fait partie de la vie aussi. Tu en penses quoi ?
– Que… ça ira.
– Tu es sure, aussi ?
– Oui. J’ai juste peur parce que ça fait mal.
– Ah… Ca s’est possible, oui. Ca fait mal juste ici (je lui montre le dessin, puis sur son corps). Ce n’est pas comme une douleur au ventre, c’est vraiment en bas. Mais ça encore, ça dépend des gens. Ca peut être très différent, et ce n’est pas quand le sang coule ; plutôt avant.
Je tourne la page.
– Là, ils expliquent les différents moyens de retenir le sang. On en a plusieurs à la maison déjà, tu sais. Tu sais que moi aussi, j’ai mes règles ?
– Oui.
– Une de tes copines aussi, d’ailleurs : I.
– Noooon…
– Ah bon ? Elle ne t’en a pas parlé ?
– Mais… je croyais que ça arrivait à 12 ans.
– Euh… Oui, ça doit être l’age le plus fréquent mais c’est possible avant et après. Ça doit être entre 8 et 15 ans environ. Bon, 8 ans c’est super rare, mais ça peut arriver. Ils marquent quoi, sur ce livre ?… 10-14 ans. Bon, en tout cas, voilà, tu sais que ça peut arriver, donc.
– D’accord…
– I. ne t’en a vraiment pas parlé ?
– Non.
– Tu lui demanderas… Je peux me tromper mais je suis quasi sure que oui : c’est sa maman qui m’en a parlé.
– D’accord…
– Bref, ça va, tu es OK avec ça, aussi ?
– Oui.
– D’acc’.

Bon, puis on a aussi parlé des pertes blanches (tant qu’on était sur le sujet), feuilleté le livre en entier, et puis on est arrivées à la page sur les relations amoureuses. Du coup, j’ai demandé :

– Tiens, et là-dessus, tu en es où, aussi ? Tu es toujours amoureuse de filles ? Ou est-ce que tu t’intéresses aux garçons ?
– Ni l’un ni l’autre.
Je souris.
– OK, c’est normal. Tu nous en parleras quand ce sera le cas.
– D’accord.

Et on a continué un peu encore à discuter et, surtout je lui ai dit que, quoi qu’il se passe, la conversation était ouverte, qu’elle n’hésite pas à nous parler.

Bref, conversation tranquille (encore une fois : pourquoi est-ce que ça m’a fait stresser, franchement ?) et qui laisse penser plutôt à une avancée vers la cisgenrité (ça se dit ?) ou la non-binarité, mais en tout cas un vécu plutôt cool des changements qui vont arriver à son corps.

Et aussi, donc : pas de nouveau RDV avec l’équipe dédiée de Paris, et pas de bloqueurs de transition.

J’attends toujours de voir comment ça évolue. J’ai mis un point d’interrogation à « avancée vers la cisgenrité » dans le titre parce que je ne sais toujours pas ce qui va se passer exactement. Peut-être que lorsque les changements dûs à la puberté seront vraiment là, ma fille reviendra vers moi en mode « euh… ça ne va pas ! ». Peut-être que demain, même, elle me dira autre chose. Mais voilà où en sont les choses là tout de suite, en tout cas.

Et je songe que je suis contente d’avoir ouvert ce blog… Parce que tous les parcours sont possibles, toutes les évolutions aussi. Et surtout, je tiens à le dire, parce que c’était l’une de mes grosses interrogation au début, ou alors des remarques que l’on m’avait faites :

On peut en parler.

On peut accepter pas mal de choses, on peut provoquer nous-même la conversation, on peut proposer, on peut prendre les vêtements au rayon « opposé » au genre assigné à la naissance, on peut avoir tout le monde : famille, amis, autres enfants, enseignants… étant au courant, les vendeurs et serveuses disant « et toi, mon garçon, qu’est-ce que tu veux ? » à notre enfant assigné fille à la naissance… et avoir son enfant qui fait son chemin tranquillement sans que ceci ne le pousse spécialement dans un sens où un autre.

Le laisser trouver sa place par lui-même, tout simplement.

D’ailleurs, récemment, j’ai vu passer une photo de Shiloh Jolie-Pitt et je me disais que, tiens, les choses de son côté aussi avaient l’air de ne plus tendre comme avant vers la transidentité. Comme quoi accompagner, et laisser la porte ouverte à toutes les possibilités ne bloque pas du tout notre enfant dans une possibilité plus qu’une autre. C’est juste lui permettre de faire son propre chemin.

5 réflexions sur “Ma fille : prémices de la puberté, et avancée vers la cisgenrité ?

  1. Bonjour,
    Je découvre votre blog grâce à l’article paru dans Milk Magazine et suis dans une situation similaire à la vôtre !
    Ça fait du bien de se sentir moins seule .
    Merci et peut être à bientôt .
    Ingrid

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    • Ah oui, j’avais eu la journaliste, très sympa, au téléphone ! Je n’ai pas eu l’occasion de lire l’article, mais j’ai été ravie de voir qu’un tel sujet était abordé dans un magasine en vente au rayon presse, ainsi. Il faudrait que je le lise.
      C’est un plaisir de voir que mon blog peut vous aider, en tout cas. :)

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  2. Bravo pour votre « coolitude » ;-) Ils sont plein de ressources nos enfants, quelle belle aventure de les accompagner dans la vie. La mienne est encore toute petite, mais votre blog est inspirant, quels que soient les défis auxquels nous serons confrontés.

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