Source : comment se repérer entre « vouloir faire comme » (un garçon/une fille) et « être » (un garçon/une fille) ?

C’est une question que l’on se pose forcément lorsque l’on a un enfant qui, comme pour le cas de ma fille, dit « je voudrais être » ou « comme un », qui utilise les mots « ressembler à » ou « de » (ajouter à chaque fois le mot « garçon » derrière : « je voudrais être un garçon », « comme un garçon », etc.).

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Si on a un enfant qui dit clairement « je suis » (un garçon/une fille), peut-être a-t-on moins besoin de passer par ces éléments comparatifs (encore que ce n’est pas sûr). Mais concernant ma fille (et c’est pour ça aussi que je dis encore « ma fille », on verra comment ça évoluera à ce sujet aussi), mis à part avant ses 3-4 ans où elle disait qu’elle était un garçon, elle est depuis parfaitement claire quant au fait qu’elle est une fille. Si on la prend pour un garçon dans la rue (dans le supermarché, en vacances… ce qui arrive assez souvent, désormais), elle intervient à chaque fois pour corriger : « mais non, je suis une fille… » ou alors « maman, il a cru que j’étais un garçon » (le tout en riant) (et en même temps, elle dit aussi qu’elle aimerait bien avoir des piqûres pour devenir un garçon…). Donc bon, dans ces cas, et en particulier quand l’enfant est de sexe féminin à la base, on a cette question latente qui est :

Mais est-ce qu’elle sait qu’elle peut être ce qu’elle veut indépendamment de son sexe de naissance ?

Ou plus précisément : est-ce qu’elle sait qu’elle peut jouer au foot, avoir les cheveux courts, mettre du bleu et des shorts, ne pas aimer les paillettes et les nœuds, faire du skate, être forte, avoir des muscles, se rouler par terre… tout en restant une fille ?

Ça a été une question très forte dans mon foyer du fait que ma fille a, d’une part, deux frères dont un aîné qui représente vraiment un « modèle », pour elle. Et d’autre part du fait que son désir d’être un garçon est toujours associé à quelque chose de « cool », dans sa bouche. Et mon aîné (son grand frère) l’a remarqué, aussi, d’ailleurs. Ce qui est cool, pour elle, c’est toujours « de garçon » (elle parle même de musique « de garçon », pour dire). Elle veut (avoir un prénom masculin que je ne citerai pas ici mais qui est un prénom qui fait « cool », en effet), et être un garçon pour faire plein de choses qu’elle peut faire en étant une fille, en fait : du surf, du foot (qu’elle a fait, d’ailleurs, même si elle en parlait comme étant faire « comme les garçons »), mettre des grosses baskets qui font de la lumière rouge quand elle tape des pieds, etc. Et à chaque fois qu’on lui a demandé pourquoi elle voulait être un garçon, la réponse a toujours été associée à quelque chose de cool. Les garçons, c’est mieux, c’est plus drôle, et ils peuvent faire… (des tas de choses qu’elle peut tout autant faire en tant que fille et sur lesquelles on ne l’a jamais contrainte mais, oui, qui sont connotées « garçon » d’une manière générale, en effet). Et il faudra que je poste le compte-rendu de la rencontre qu’on a eue avec une pédopsy spécialisée de Paris mais elle nous a dit que les enfants utilisant les termes « je voudrais être » et non pas « je suis » auraient tendance à moins transitionner une fois arrivés à l’adolescence, aussi, et c’est pareil pour le fait d’être de sexe féminin à la naissance (ils seraient même minoritaires à faire une transition, finalement).

Bref, d’où cette interrogation, forte et persistante, sur le fait que les demandes de l’enfant traduisent une réalité, profonde, ancrée dans son être (l’enfant que l’on croyait être une fille EST un garçon), ou qu’elles traduisent un désir, qui est amené à changer ou à évoluer quand l’enfant saisira qu’il peut faire tout ce qu’il veut et être tout ce qu’il veut tout en restant du genre/sexe qui lui a été assigné à la naissance.

Donc… Vaste question.

Pour ça, j’ai essayé de nombreuses manières de lui montrer qu’elle pouvait être ce qu’elle voulait, qu’elle soit une fille ou un garçon. Et il faudra que je liste (dans un autre article) une liste de dessins animés et livres mettant en scène des héroïnes fortes, d’ailleurs, pour permettre aux petites filles d’avoir des éléments d’identification intéressants.

Mais il y a surtout une expérience qui a été forte. Celle liée à cet outil créé par une maman blogueuse, et que l’on a utilisé avec ma fille (et mes deux autres garçons, aussi, parce que c’était intéressant pour eux aussi) :

Personnellement, j’ai imprimé les deux (garçon et fille), je les ai découpés, pliés un à un, rangés dans un panier… J’ai vraiment utilisé l’outil, donc. Et on a joué avec les enfants. Ça a intéressé tous mes enfants ! On en a profité pour discuter ensemble, et d’ailleurs mon aîné a bien compris qu’il peut mettre un t-shirt rose s’il le veut, que ça ne fait pas moins de lui un garçon. Il est cool avec ça.

Ma fille, elle, a été intéressée intellectuellement, mais sans en être touchée. C’est à peu près la réaction que j’ai vue chez elle à chaque fois que je lui ai montré une héroïne forte ou expliqué une liberté possible chez les filles : une sorte de « OK, maman, super… mais moi je veux quand même être un garçon ». Donc on va dire que ça n’a pas été super concluant, ou plutôt que ça l’a été en guise d’élément de comparaison (en médecine, on parle de « diagnostic différentiel », même si je ne m’estime pas compétente pour qualifier cette expérience ainsi non plus). Ça ne lui a fait ni chaud ni froid de savoir que les filles pouvaient avoir les cheveux courts, on dira, par contre ça l’a touchée et intéressée à fond de savoir qu’on pouvait être un garçon sans avoir un pénis (ça faisait partie des petits dépliants, et ne me demandez pas comment, parmi un panier entier comprenant des dizaines de dépliants tous mélangés, elle a fait pour saisir celui-ci et me demander direct de lui expliquer ce que c’était, mais c’est ce qu’il s’est passé).

Et c’est aussi comme ça que je me suis retrouvée à expliquer des choses que je ne me serais jamais attendue à expliquer à mon enfant de 6 ans, mais ça j’en parlerai aussi dans un autre article, parce qu’il faudra aborder le sujet de « que dire aux enfants ? ».

Bref, tentez l’expérience aussi ! Imprimez, découper, pliez, sans omettre les dépliants sur ces « peut-on être un garçon sans avoir de pénis » et « peut-on être une fille sans avoir de vagin ou d’utérus », parce que vous allez peut-être être tenté.e.s de les laisser de côté étant donné qu’il n’est pas évident de savoir les expliquer si vos enfants sont vraiment petits, mais les enfants comprennent bien mieux qu’on le croit donc… ne les esquivez pas.

Et voyez ce que vous pouvez tirer de ce partage avec votre enfant.

Quel que soit ce qui en sortira, vous aurez au moins engagé un dialogue, et montré à votre enfant que vous entendez ses demandes, que vous vous souciez de ses problématiques, et que vous pouvez en parler ensemble. Et c’est déjà beaucoup.

 

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